Vendredi 14 septembre 2007
Ecrire d'après une
affiche - idée de Polly
Je traîne ce soir.
Pour fumer ma dernière, je retarde l'instant. Je me le suis juré : aujourd'hui, j'arrête mais le plus tard possible, cendrillon, cendrier attend minuit.
Et pour signer ce pacte avec moi-même, au coeur de la nuit , dans ma salle de bains, face à la glace je fume mon ultime béquille, les yeux dans les yeux.
Là, dans le miroir, je vois les volutes de fumées s'élever, dansantes, noyant mon visage dans un dégradé de gris où n'émergent que mes deux lèvres rouges s'arrondissant autour du
filtre.
Mais , que se passe-t-il.????....
Voilà ces danseuses folles, emportées dans un tourbillon, elles se regroupent à l'angle supérieur droit du miroir en une vague noire dressée , élancée, semblable à une silhouette, longue dame
brune...
et là, à l'angle opposé,... à l'endroit ou ma bouche se reflétait, une boule rouge sang gonfle, palpite, un battement de coeur emplit la pièce et cogne en moi. La boule s'ébranle, roule et
semble vouloir anéantir le panache noir devenu quille fragile ; mais non, ...
la vague se penche vers la boule et l'enveloppe, l'absorbe, s'enroule autour d'elle, décrit une ellipse puis lentement se pose . Un être mi bouddha, mi femme est assis
en lotus de l'autre côté du miroir Un être ébène aux paupières argent..La cigarette en mes doigts est consummée et pourtant je reste , le regard happé par l'étrangeté.
Les cils d'argent s'allongent et se soulèvent , recouvrent la tête tels des cheveux, puis le corps, et alors que bientôt le visage va disparaître derrière un voile platine, le sourire
s'entr'ouvre et des mots écarlates s'échappent : "si...tout...va ...bien, ...je ...meurs...demain..." puis
s'effacent.
un instant encore, je regarde cet oeuf de métal immobile, je fronce mes yeux, puis me dis qu'il est temps de me
cacher sous mes draps pour trouver un profond sommeil plutôt que de divaguer ainsi !
Je m'endors bien vite. Mes rêves m'entraînent dans un monde couleur charbon, rêves de bitume et de goudron fumant et pourtant , aux premières lueurs du jour, mes paupières frémissent, un bien-être
m'emplit, je m'étire sereine, je me lève surprise de me sentir si légère ! Vite, l'envie d'une eau tiède caressant ma peau devient exigence. A peine ai-je ouvert la porte de la salle de bains qu'un
battement d'aile me frôle le nez : sur la paroi vitrée de la douche un papillon se pose, non pas un vulgaire papillon de nuit égaré en mon logis, non un magnifique papillon aussi grand que ma main.
Ses ailes de soie noire finement ciselées sont parcourues d'arabesques argentées, un velours rouge semble recouvrir le dessous, son corps oblong évoque ces pendeloques de cristal noir qui décorent
les lustres précieux. Il est magnifique ! Ses ailes ont un mouvement léger, je m'approche, il ne bouge pas, me regarde-t-il ? J'ouvre la fenêtre... son mouvement s'amplifie, il prend son envol, un
instant s'arrête face à moi, au niveau de mes yeux puis s'éloigne et disparaît dans les brumes matinales.
Encore toute étourdie, j'aperçois sur le rebord du lavabo un vieux coton abandonné. Je le saisis prête à le jeter mais la fermeté metallique de l'objet m'intrrigue. Ce que je tiens est un
cocon géant fait d'un fil d'argent !
De quoi ai-j été témoin en cette nuit ? Quel monde m'a-t-il été donné de cotoyer ? Un ailleurs,? un monde parallèle ou le reflet de mon monde intérieur ? Parce que ce que je tiens entre mes mains
est la preuve que je ne délirais pas !!!!
J'observe le précieux objet, et me souviens qu'au départ de tout cela je signais un pacte avec moi-même ; aussi , délicatement, je dépose ce "talisman" dans mon tiroir à
secrets. Là il sera garant de ma nouvelle vie sans
clope, ma vie a-clopée, ma vie sans peur démesurée, ma vie teintée de légèreté malgré les difficultés, je me sens si confiante enfin .
La femme qui se cachait derrière un écran de fumée n'est plus.
Par SottoVoce
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Publié dans : jouons avec les mots
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en tous cas, je n'ai pas tout raté si d'autres images sont nées à partir de mon "délire" qui ne devait rien à des substances chimiques ... à moins que la menthe soit une herbe hallucinogène !
C'est vraiment trop mais j'avoue cela me fait plaisir de lire vos mots !
Savez-vous que ce qui est curieux : c'est q'uen relisant mes textes, j'ai toujours l'impression que ce n'est pas vraiment moi qui ai pu écrire cela !! Avez-vous la même impression à la lecture des vôtres ?